L’interview de Salomé Pirson & Paul Bourdet, membres de we are_ par Victoria

Blog | 24 novembre | Partager

Salomé Pirson, Commissaire-Priseur chez PIASA et Paul Bourdet, Antiquaire spécialisé en mobilier des années 1980 nous présentent leurs métiers, les artistes qui les inspirent et les raisons pour lesquelles ils ont voulu rejoindre we are_.

_

_

Des métiers de passion

Salomé – Etant Commissaire-Priseur, j’ai un parcours classique, c’est en effet un métier assez normé en France. J’ai fait du Droit et de l’Histoire de l’Art pour ensuite passer un examen national qui permet d’entrer en formation chez un Commissaire-Priseur. J’ai notamment réalisé mes stages chez Drouot et Christie’s. Une fois diplômée, j’étais la Commissaire-Priseur la plus jeune de France. J’ai voulu poursuivre mes études en intégrant une école de commerce et une école de gemmologie. Aujourd’hui je travaille chez Piasa.

Paul – Je suis Antiquaire, c’est un métier qui ne nécessite pas forcément d’études comme celui de Commissaire-Priseur. J’ai donc un parcours un peu plus classique : 3 ans d’école de commerce et 1 an de master en marché de l’art à l’EAC où j’ai suivi un stage chez un marchand spécialisé en design des années 50. J’ai travaillé 5 ans pour ce marchand et ai ensuite pris mon indépendance il y a un an pour me spécialiser dans les années 80.

Salomé – C’est la curiosité qui permet de faire ces métiers. Quand j’étais petite je voulais savoir le juste prix de tout, comme à la télé ! C’est beaucoup de travail pour en arriver là mais c’est vrai qu’on est content de faire ce qu’on a toujours voulu faire quand on était petit.

Paul – Ce sont des métiers de passion qui commencent assez tôt. J’ai des souvenirs de mes parents ou de ma grand-mère qui m’engueulaient parce que je fouillais le moindre tiroir à la recherche de l’objet rare… Finalement c’est ce que je fais au quotidien !

_

Un voyage dans le temps

Salomé – S’il fallait ressusciter un artiste pour le rencontrer chez we are_, je dirais Pablo Picasso parce qu’il a vécu les plus belles années du 20e siècle et il correspond à l’idée que j’ai de we are_ dans le sens où il est très prolifique et il s’intéresse à plein de choses.

Paul – Picasso, pas mal ! Dans cette lignée, je dirais aussi Basquiat car il y a une grande mystique autour de son travail et de son personnage : j’aimerais le voir déambuler pieds nus en costume Armani large et en dreadlocks dans we are_ !

Si je pouvais voyager dans le temps, ce serait bien sûr dans les années 1980 mais dans un endroit très précis : à Manhattan dans le quartier de SoHo qui était à l’époque très lugubre, désaffecté, peuplé d’artistes qui squattaient des lofts de 300 mètres carrés. J’aimerais voir ce qu’était le quartier, maintenant très bourgeois, à l’époque de Keith Haring, Rene Ricard, Basquiat, traverser la rue pour aller au studio 54…

Salomé – J’irais pour ma part dans une époque très différente : la Cour de Louis XIV à Versailles car c’est une période de faste pour la royauté française et j’aurais pu rencontrer énormément d’artistes, à l’époque dirigés par Charles Lebrun. J’aimerais voir la construction du château, les commandes de tableaux, les meubles qui arrivent et pourquoi pas essayer une robe au passage !

_

Le quotidien du confinement

Salomé – Au sujet du confinement, on a appris à travailler à distance donc ce n’est pas une vraie problématique dans nos process de travail. Ce qui change, c’est le contact client : on fait des pré-estimations par mail, les ventes sont uniquement en visites virtuelles par exemple. Il faut essayer de se réinventer. Comme on est jeunes ce n’est pas compliqué pour nous. Le contact physique reste ce qu’il y a de mieux mais on s’habitue vite. Aux enchères, on vend déjà entre 50% et 70% des lots par internet mais normalement on a une exposition, les gens viennent voir les tableaux, essayer les bijoux…

Paul – Cela change beaucoup moins qu’au premier confinement, plus drastique, où on ne savait pas ce qu’on avait le droit de faire. Là, beaucoup de choses nous sont permises au niveau des déplacements, en revanche ce qui change beaucoup c’est le contact humain. C’est un métier qui est beaucoup organisé autour de foires ou de salons. Très concrètement, j’avais prévu de faire une exposition avec un ami artiste, Mathieu Merlet-Briand, on a finalement décidé de la faire en digital. On doit aussi travailler avec nos bases de clients existantes mais les nouvelles rencontres sont moins faciles.

_

Commissaire-Priseur : un métier qui attire de plus en plus des femmes

Salomé – Il est vrai qu’il y a plus de nouveaux Commissaires-Priseurs femmes aujourd’hui. Je ne saurais pas vraiment comment l’expliquer mais d’une part il y a plusieurs femmes Commisaires-Priseurs qui ont des postes très importants : cela motive les jeunes parce qu’on se dit que c’est possible. C’est un examen aussi donc les femmes sont peut-être tout simplement plus fortes. Et puis c’est une profession de plus en plus administrative et normée, peut-être que cela plait moins aux hommes. En tous cas, je trouve ça bien et je suis pour une totale mixité dans ce métier : des femmes et des hommes.

_

L’histoire du mobilier à la française des années 80

Paul – Les années 80, c’est un renouveau global dans tous les domaines (mode, poésie, cinéma, littérature) : on sort des Trente Glorieuses où la création était toujours selon le modèle moderniste des années 50 : très fonctionnel, simple. Dans les années 80, ce sont les années de liberté : on retrouve la création et l’artistique dans le design. En France on était assez en retard par rapport à l’Italie par exemple, il y a donc eu des initiatives pour booster la création. Le Ministère de l’Industrie a créé le VIA (Valorisation de l’Innovation dans l’Ameublement), une association qui finançait la création contemporaine. Elle a fait exploser le design français en France et dans le monde en créant des ponts avec l’industrie, en lui permettant de réaliser des prototypes et d’utiliser tous les nouveaux outils technologiques. C’est cette initiative qui a créé cette grande génération de designers avec notamment Philippe Starck, Martin Szekely et Jean-Michel Wilmotte.

Mon choix de spécialisation n’a pas été évident ; j’étais passionné par les années 50 à la base mais je me suis rendu compte que le marché était déjà saturé. J’ai voulu à mon tour créer un marché, faire découvrir des choses. En prenant l’histoire de manière linéaire, je me suis rendu compte qu’il y avait beaucoup de choses pendant les années 80 qu’on pouvait acheter à des prix assez bas. Je me suis dit qu’il y avait un créneau à saisir. Cela fait 5 ans que je m’y intéresse et aujourd’hui je ne suis pas le seul, nous sommes une petite équipe d’antiquaires sur ce créneau-là.

_

Pourquoi we are_ ?

Salomé – Ce qui m’a poussé à venir chez we are_ c’est l’emplacement, près de Matignon, lieu important du marché de l’art. En ce moment étant chez PIASA, on est en face, donc pour un petit déjeuner ou un rendez-vous c’est super pratique. Et au-delà de ça, j’aime bien l’idée que ça soit jeune, dynamique. Il est vrai que les clubs et réseaux à Paris aujourd’hui sont très fermés et souvent interdits aux femmes d’ailleurs.

Paul – Sur le marché de l’art, l’emplacement de we are_ est en effet très intéressant. J’ai un espace à Saint-Germain, mais le fait d’avoir un point de chute près du Bristol, de Christie’s, Sotheby’s est très intéressant. J’ai aussi participé au salon WE ARE YOUNG DEALERS qui s’est tenu chez we are_ les 17 et 18 octobre. La volonté de mettre en valeur de jeunes marchands m’a plu et il m’a semblé une évidence de rejoindre le club.

Salomé – Je suis très ouverte sur les rencontres que je pourrais faire chez we are_. Mais un des membres fondateurs, Marc Simoncini représente très bien pour moi l’ensemble des membres de we are_ : il est très curieux, il a aidé des start-ups très diverses, il soutient beaucoup d’initiatives de jeunes. Je pense que lui, comme d’autres membres dont je ne connais pas forcément le nom seraient très intéressants à rencontrer.

Paul – Ce que je recherche le plus chez we are_, ce sont des gens qui n’ont pas forcément mon profil et qui pourraient m’apporter des choses complémentaires. Par exemple, des membres dans la technologie qui pourraient présenter de nouveaux moyens d’exposer l’art. J’aimerais trouver des gens qui puissent apporter quelque chose de différent à mon métier.

_

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *